Richard Bertrand, que représente aujourd’hui le mouvement MoDem à vos yeux ?
Richard Bertrand : Le vrai centre. Certaines personnes nous qualifient de centre droit, d’autres de centre gauche mais le Mouvement Democrate c’est le centre et rien d’autre.
C’est le seul parti qui ne soit inféodé à personne et nous avons la possibilité de travailler avec des gens de droite et avec des gens de gauche. C’est pour cela que je suis entré au MoDem.
A Poissy, je travaille avec des élus de gauche et au conseil général avec des élus de droite. La vraie force du MoDem est d’être le centre. J’en ai d’ailleurs fait mon slogan de campagne « être au centre de vos préoccupations ».
Cette volonté de rompre les clivages et d’aller hors des sentiers battus définit aussi l’homme que vous êtes ?
R.B : En quelque sorte. Je suis autodidacte. J’ai un BEP et un CAP et cela fait 20 ans que je suis à mon compte. J’ai également monté plusieurs associations car le tissu associatif me plait, j’aime aider les gens et être acteur de ma vie.
Pendant très longtemps je n’ai pas voté. Je ne votais pas car ce que je voyais à la télé ne m’incitait pas à me rendre dans l’isoloir. Le chômage n’est ni de droite ni de gauche, pareil pour l’écologie.
On essaie de nous faire croire que la droite réglera mieux le chômage, la gauche le pouvoir d’achat, c’est faux. Il y a des problèmes, les solutions pour les régler sont au delà du partisanisme politique. Le but du politique est de régler les problèmes. C’est ce que les gens attendent de nous.
Quelle qualité faut-il avoir selon vous pour faire un bon député ?
R.B : Être issu du terrain. Il faut connaître le terrain dans lequel on veut se faire élire. Le député a deux rôles : proposer des lois mais également défendre les intérêts de sa circonscription à l’assemblée nationale.
Si vous ne connaissez pas les problèmes de votre circonscription et je ne parle pas des grands dossiers comme l’A104 ou la RD 30, je parle des problèmes locaux de commerçants, d’habitations, d’écoles, si vous n’avez pas ce vécu ni ce ressenti, vous restez que sur des dossiers nationaux, vous ne connaissez que votre rôle à moitié. Le fait d’être issu du terrain est très, très important.
Nous avons dans cette élection des candidats parachutés. C’est le jeu de la politique, on met des mastodontes pour écraser les autres. C’est la règle du jeu et je m’y plie. Mais je pense sincèrement que l’électeur a tout intérêt à avoir face à lui un député qui aujourd’hui boit un café à Beauregard, et qui élu député viendra boire un café à Beauregard. J’habite à Poissy. Je connais les villes, je connais les quartiers. J’aime ma circonscription.
Richard Bertrand, vous maniez bien les outils de communication notamment Internet et vous n’hésitez pas à pratiquer l’autodérision. Qu’est ce que vous avez envie de montrer de vous à travers cette communication sophistiquée ?
R.B : J’ai envie de faire la politique que j’aurai aimé voir lorsque j’étais simple électeur. Certains politiques ont un discours qui n’est compris que par un microcosme. Cela crée un décalage avec l’électeur que nous sommes tous et au final cela crée de l’abstention. Pourquoi à votre avis l’abstention atteint-elle des scores de 60 voire 70% aujourd’hui ?
Le discours des hommes politiques n’est pas adapté à l’électeur. J’essaie de me mettre à la place de l’électeur et je me dis « qu’est ce que j’aimerai voir ». Les moyens de communication modernes, dont Internet, permettent une connivence avec l’électeur qu’il n’y avait pas avant. Je reçois, par exemple, beaucoup de questions auxquelles je réponds avec attention.
Se couper d’Internet est une erreur, c’est devenu indispensable.
Frédérik Bernard, maire de Poissy, est également candidat à la députation, quels sont vos rapports avec lui aujourd’hui ?
R.B : Nos rapports sont très bons. Le seul reproche que j’ai à lui faire, et je lui en ai déjà fait part, c’est que lors de notre fusion il m’a dit que les législatives ne l’intéressaient pas et qu’il n’irait pas. Pourtant il y est.
Je trouve que la démarche intellectuelle n’est pas honnête. Lorsque l’on a une parole, il faut la respecter. Il ne l’ a pas fait, c’est regrettable.
Si vous êtes élu, ne craigniez vous pas un combat des chefs, resterez vous deuxième adjoint ?
R.B : Aujourd’hui, il y a un sujet d’actualité qui est le cumul des mandats. Tout le monde est contre mais tout le monde en a plusieurs. Dès l’instant où les élus locaux auront de vrais statuts, il n’y aura plus de cumuls des mandats.
En tant qu’adjoint au maire je touche 890 euros par mois, comment vous voulez arrêter votre métier avec cette somme ? C’est impossible. Vous êtes obligés de cumuler les mandats si vous voulez vous engager entièrement en politique.
Si je suis élu, cette discussion se fera avec le conseil municipal. La démocratie fera son boulot.
Au jour d’aujourd’hui, quatre autres candidats se sont déclarés, que pensez-vous d’eux ?
R.B : A part Frédérik Bernard que je connais, les autres me sont inconnus. Alain Lipietz, c’est un homme qui a été député européen donc respect. Cependant, l’écologie est un thème transversal comme je le disais tout à l’heure, elle n’est ni de droite ni de gauche. Être un candidat écolo cela veut dire quoi ?
David Douillet, champion du monde de judo, je lui tire mon chapeau. Je ne l’ai pas encore vu. Cependant, David Douillet avant les élections à Poissy on ne l’avait jamais vu ou peut être deux, trois fois en soutien à l’ancien maire. Pour la petite histoire, David Douillet est venu soutenir Masdeu-Arus lors des municipales de 2008.
Actuellement Jacques Masdeu-Arus est avec David Douillet en permanence. Il faut qu’on nous explique : ou David Douillet est un parachuté qui arrive pour nettoyer le passé, ou le parachuté est collé au passé de la ville avec les élus corrompus.
Je me suis présenté aux municipales pour virer un maire corrompu. Si c’est pour revoir ce bonhomme traîner dans Poissy et être à la permanence de Douillet, il y a quelque chose là qui ne déplait beaucoup et cela va également déplaire à l’électeur de droite.
Bien, on change la règle du jeu, je vous donne un thème vous nous dites vos propositions. Sujet probablement le plus lourd, le plus complexe c’est l’A 104...
R.B : Tracé blanc. Aujourd’hui, selon moi, l’ A104 il faut la faire parce qu’il faut désengorger la ville. Le tracé vert validé par l’ancienne équipe municipale est le pire des tracés.
Sur plusieurs possibilités, on a retenu la pire en terme environnemental, pollution, trafic... Tous les maires de l’époque ont refusé que l’A 104 passe dans leurs villes sauf le maire de Poissy.
J’ai regardé les études, le moins pire, c’est le tracé blanc. Je le défends à 200%.
Le plan de soutien à la filière automobile du Département ?
R.B : Il y a une partie qui est vraie, l’autre qui est fausse. Que le Département soutienne l’industrie automobile, quoi de plus logique ? C’est forcément une bonne idée. Le rôle du député est de soutenir les emplois de sa région mais également favoriser la production de véhicules moins polluants.
Là où il y a un mensonge, c’est qu’il vient nous dire que pour soutenir l’industrie automobile, il faut un pont à Achères. Ce pont est dans les tuyaux du Département depuis 10 ans. Cela fait dix ans qu’il est budgétisé.
On assiste là à un effet d’annonce qui est celui de dire que la filière automobile a besoin d’un pont. C’est du pipeau. Que l’on soutienne l’industrie je veux bien mais avec de vraies choses.
J’anticipe votre question, on va en venir à la F1...
Tout à fait...
R.B : Le circuit de F1 aujourd’hui divise tout le monde. Je suis pour la création d’activités économiques.
Si on me prouve par A plus B qu’un circuit crée de l’emploi sans avoir aucun impact négatif sur l’environnement, ni aucune incidence sur l’agriculture, que le problème des transports sera réglé, évidemment on ne peut pas être contre.
Mais si la nappe phréatique qui donne de l’eau à mes enfants va être polluée, que les nuisances sonores vont être insupportables, cela n’en vaut pas la peine.
Je vous dis tout de suite, je n’y connais rien en F1. Cependant, aujourd’hui les courses de F1 servent à faire des tests sur les automobiles donc ces tests sont utiles à nous qui roulons avec nos voitures tous les jours. Il faut bien que ces tests soient faits quelque part.
Aujourd’hui, on veut de l’emploi sans créer de l’activité, on veut des voitures mais on ne veut pas d’endroit où elles puissent rouler. Il faut chercher la cohérence.
Les gens du voyage
R.B : J’ai essayé de comprendre ce qu’il se passe avec les gens du voyage. Pourquoi aujourd’hui il y a une espèce d’omerta sur ce sujet. Chaque ville a une obligation d’avoir un terrain réservé aux gens du voyage, la préfecture l’impose. Mais les gens n’en veulent pas et les maires non plus.
De quoi vivent-ils ? On ne sait pas. Donc, il y a une économie parallèle cautionnée par l’Etat. Je ne comprends pas la position de l’Etat par rapport aux gens du voyage dont on sait qu’ils vivent de l’économie parallèle. J’aimerai que le préfet m’explique ce qu’il se passe avec cette population.
La vidéo protection
R.B : Je la soutiens à 100%. Le syndrome « big brother » c’est tous les jours qu’on le vit. Carte bancaire, téléphones portables, Internet, nous sommes fichés chaque jour. La vidéo protection ne rajoute rien à cet effet.
Tant que l’on a rien à se reprocher, peu importe. Le jour où l’on commence à se reprocher certaines choses, le fichage devient embêtant. Si demain, mes enfants se font piquer leur vélo dans Poissy et si grâce à la vidéo protection on peut le retrouver, je serai content. C’est un sujet que l’on a sur Poissy aujourd’hui.
Le Logement social
R.B : On s’est battu à Poissy pour dire qu’il faut faire du logement social en mixité afin de ne pas créer de ghetto. Le vivre ensemble permet la compréhension mutuelle.
A propos de logement, j’ai un grand projet qui me tient à cœur, c’est le déplacement de la prison. En plein centre ville vous avez 230 détenus sur 4 hectares de prison. Sur ce terrain on peut en construire des logements, des commerces, des écoles.
En plus, cette prison est vétuste, d’un autre âge, on peut la déplacer pour rebâtir une moderne ailleurs avec toutes les normes exemplaires en la matière. A Poissy, il y a 1200 demandes de logement en attente. Ce n’est pas une bonne idée ?
Pareil, on peut y construire des parkings souterrains pour rendre le centre ville aux piétons et aux vélos. Sur quatre hectares vous creusez sur deux niveaux, vous en mettez des voitures !
J’avais également l’idée d’un tramway pour faciliter les déplacements de ville à ville.
Faire de la politique c’est gérer les problèmes au quotidien mais également avoir une vision sur les dix ou quinze ans à venir. Gouverner c’est prévoir.
Deux thèmes d’envergure nationale : la loi Hadopi et la taxe carbone
R.B : J’ai dit à vos confrères du Parisien que j’étais « la taxe carbone du paysage politique local ». La taxe carbone, tout le monde se rend compte aujourd’hui qu’il la faut, personne ne sait comment il faut la faire et tout le monde veut se l’accaparer.
C’est une taxe indispensable aujourd’hui. En revanche, les 17 euros votés pour le gaz viennent taxer les ménages. Pendant des années, les gouvernements ont incité les gens à se mettre au gaz et aujourd’hui on le taxe. C’est injuste.
Sur Hadopi, le respect des droits d’auteur est une chose primordiale. Je dis à ma fille de ne pas télécharger parce que c’est du vol. Il y a des gens qui écrivent, qui composent, qui chantent et acheter leur création, c’est les rémunérer. De plus, lorsqu’on achète un CD par exemple, une partie revient à la SACEM qui sert à financer des concerts, des petites troupes de théâtre, des spectacles,etc.
Si ces gens là perdent leurs revenus, il va nous rester les déchets des grandes majors car on aura tué la création et l’expression musicale. Les gamins ne se rendent pas compte de cela, c’est aux parents de l’expliquer. Il y a une éducation, une pédagogie à faire auprès de nos enfants afin de leurs faire prendre conscience du risque du téléchargement.
Dernière question Richard Bertrand, je l’ai appelé la question qui tue.
R.B : Ah bon...
Oui. Comment appelle-t-on les habitants de Thiverval-Grignon ?
R.B : Je ne sais pas... les Grignotains ?
Les Thivervalais...
R.B : Je vous le dis en toute sincérité. J’aurais pu dire, je ne sais pas je ne les connais pas tous ! (Rires)





























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