Jean Rafton, vous vous êtes exprimé sur un média d’extrême droite de manière assez vive, pourquoi l’avoir fait ?
Jean Rafton : Novopress m’a appelé et j’ai répondu. Je ne retire pas un mot de ce que j’ai dis mais je précise que c’était une conversation privée. J’ai signalé à ce site qu’ils m’ont piégé en leur précisant qu’ils ne m’avaient pas demandé d’interview. Je ne savais pas que j’étais enregistré.
C’est pourquoi je leur ai demandé de retirer cette interview et ils l’ont fait. Je n’ai ma carte ni chez Le Pen ni au parti communiste. J’ai été élu pour défendre les intérêts de la population et quand celle-ci hurle je monte au créneau. Si je ne fais rien on va me le reprocher. Je suis triello-triellois, j’ai été élu pour les défendre et c’est ce que je fais.
Concrètement, Joël Mancel, quelle est la situation aujourd’hui à Triel sur Seine avec les gens du voyage ?
Joël Mancel : La situation est délicate. Revenons un peu en arrière, un premier groupe de 90 caravanes est arrivé le 24 mai à Triel. Devant le fait accompli et la police ne pouvant rien faire, nous avons très tôt fait une convention qui indiquait que ce groupe resterait huit jours. Le 31 mai ils devaient partir. La majorité s’en est effectivement allée. Mais le dimanche de Pentecôte un autre groupe a rallié le premier.
Le deuxième groupe est entré et s’est installé à son tour. Actuellement ils sont 300 caravanes. Ce qui est un chiffre important. J’ai tenu à rencontré le pasteur avec qui je vais également signer une convention. Il nous a promis d’être parti pour le 14 juin.
En octobre dernier, vous assureriez que des moyens seraient mis en œuvre pour éviter l’installation des gens du voyage ? Qu’est-ce qui a été fait dans ce sens ?
Joël Mancel : Le terrain sur lequel sont implantés les gens du voyage est un terrain privé qui appartient à Véolia. Ce terrain est pollué. Il contient notamment du méthane. Sur ce terrain on ne peut pas creuser, c’est interdit.
Au mois d’octobre nous avons réagit immédiatement en faisant venir la Direction Départementale de l’Environnment (DDE) qui s’était engagée à mettre des buttes de terre. Hélas cela n’a pas été fait.
Jean Rafton : Sur la partie publique, qui nous concerne et sur laquelle nous pouvons agir, nous avons mis de la terre. Nous avons fait une muraille. Malheureusement ils ont trouvé un chemin et se sont réinstallés.
Signalons que ces gens sont très soucieux de leur caravane. Donc pour ne pas avoir à traverser un terrain de 75 hectares, ils ont ouvert un passage au rond point sur la RD190. C’est très dangereux.
De plus, nous ne pouvons pas non plus interdire totalement l’accès au terrain. En effet, une ligne à haute tension s’y trouve, elle alimente quasiment tout le département c’est pourquoi il nous faut laisser un passage au cas où.
On comprend bien que du fait du caractère privé du terrain, les pouvoirs de la municipalité sont limités, mais dans ce cas que font les propriétaires ?
Joël Mancel : Justement rien. Pourtant, il y a eu un engagement avec eux. Ils avaient une idée d’implantation d’une plateforme de recyclage de déchets ainsi ils pouvaient contrôler les entrées et les sorties et de mettre un gardien. Nous avions proposés nous de mettre des monticules de terre car c’est ce que nous avions fait pour le site Eternit et aujourd’hui il n’y a pas de pénétration des gens du voyage sur ce site. C’est par conséquent efficace. Si le nécessaire avaient été fait aujourd’hui nous n’en serions pas là .
Quels sont les problèmes que vous rencontrez liés au gens du voyage ?
Jean Rafton : Ces gens là se répandent dans la ville. Nous avons un arrêté à Triel-sur-Seine qui interdit le colportage. Ils n’en ont rien à faire.
Ils se raccordent à l’eau sur les bornes incendies. Ils ouvrent et se servent. Pour deux litres récupérés, 1000 sont gaspillés et bien sûr ils ne referment pas.
L’année dernière on a installé des bennes à ordures, ils n’ont pas voulu des nôtres parce que c’était cher donc ils ont installé leurs bennes. Quant il a fallu payer, ils sont partis. Résultat, le propriétaire des bennes à tout laisser sur place. Et c’est nous qui avons ramassé avec les impôts des triellois.
Si les gens du voyage étaient de simples campeurs ils ne poseraient pas de problème. Mais c’est gens là doivent manger donc ils ratissent le coin et les Triellois en ont marre. Les triellois veulent être tranquille et avoir la paix.
Revenons à la convention signée avec les gens du voyage, que prévoit-elle ?
Joël Mancel : La convention réclame un dû. Nous demandions au premier groupe 500 euros. On en a eu la moitié car ces gens là négocient à chaque fois. Certes 250 euros ce n’est pas grand-chose mais c’est mieux que rien. L’année dernière nous avions reçus 1000 euros et c’est ce que l’on demandera au nouveau groupe vu le nombre de caravanes.
On vous sent démunis face à cette difficulté, que font les pouvoirs publics comme la préfecture par exemple ?
Joël Mancel : Nous avons une réunion mercredi dernier avec le sous-préfet et l’ensemble des maires de la communauté d’agglo sauf Chapet qui n’est pas concerné ayant moins de 3500 habitants afin de parler des gens du voyage et des Roms. Le sous-préfet nous a bien dit que les consignes du ministère de Mme Alliot-Marie étaient de ne pas intervenir à partir du moment ou nous n’avons pas d’aire d’accueil à disposition des gens du voyage.
Comment cela ? Le ministère considère qu’il en va de votre responsabilité ?
Joël Mancel : Oui. Nous leur devons un terrain. N’ayant pas de terrains communaux, il reste les terrains privés. A partir du moment où les gens du voyage s’implante sur un terrain privé nous pouvons plus rien faire sauf gérer au mieux la situation et protéger la population.
L’Etat prendra le relais à partir du moment où il recevra une demande d’expulsion mais pour cela il faut une aire de grand passage.
Alors quand se fera l’aire du grand passage dans la CA2RS ?
Joël Mancel : Nous avons voté dans le principe l’aire au conseil communautaire. Elle est prévue derrière Azalys entre Carrières-sous-Poissy et Triel. Il est possible qu’elle soit achevée pour le deuxième semestre 2010 et pourra accueillir 150 caravanes.
150 seulement ? Le nombre d’aujourd’hui montre que c’est insuffisant...
Joël Mancel : Absolument. Mais s’ils sont plus nombreux l’Etat peut intervenir. L’Etat nous soutiendra et nous pourrons expulser.
Quelle sera la durée de « résidence » sur cette aire ?
Joël Mancel : Trois semaines. Cinq aires de grand passage sont prévues dans les Yvelines et ce que nous voulons c’est que tout le monde joue le jeu.
Comment va se gérer cette aire ?
Jean Rafton : C’est un autre problème qui n’a pas été évoqué. Où vont aller ceux qui débordent ? Qui au bout de trois semaines va leur dire « il faut y aller » et qui paiera ?
Pour être un peu provocateur, je dirai que cette aire risque de ne pas résoudre grand chose...
Joël Mancel : Nous devons être en règle et posséder cette aire. Même si il y a plus de 150 caravanes, nous serons en droit de faire appliquer la loi. Nous saurons faire respecter la loi.
On a l’impression que le problème des gens du voyage est un peu comme le mythe de Sisyphe, le problème recommence sans cesse, Etes-vous devant une impasse ?
Jean Rafton : Il nous faut cette aire. Je crois fermement qu’elle nous aidera.
Joël Mancel : Tout à fait. Et notre rôle jusque là est de gérer cela au mieux et de protéger notre population.



















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