Un homme brûle des beignets dans un poêle domestique en hiver
En Pologne, Marek Hoffmann a testé des beignets comme combustible, profitant de promotions très basses.

10 kilos de beignets, balancés dans un poêle comme si c’était des bûches. C’est l’expérience tentée par Marek Hoffmann, YouTubeur polonais connu sous le pseudo AdBuster. Le gars a acheté 133 beignets chez Lidl, total 10 kg, pour 2,85. Il les a fait brûler pour chauffer son logement, en jurant que, sur le ticket de caisse, c’était moins cher que des granulés de bois.

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Sur le papier, son calcul a de quoi accrocher: il affirme avoir économisé 1,60 par rapport à un poids équivalent de granulés « de base ». Et il ne s’est pas contenté d’un coup de com’: il a aussi sorti des chiffres de pouvoir calorifique, avec des valeurs très proches entre briquettes de bois et beignets. Sauf que dès que tu grattes, la blague sucrée devient un vrai sujet sur les prix de l’énergie, les promos agressives et les limites de ce genre de « bon plan ».

133 beignets Lidl à 2,85: le calcul qui a lancé le buzz

L’histoire démarre à l’approche du « Jeudi gras », une période où, en Pologne, les beignets (les fameux paczki) se vendent par montagnes. Et qui dit montagnes dit fins de stock, et qui dit fins de stock dit rabais qui piquent les yeux. Hoffmann repère le truc: en supermarché, les beignets bradés finissent parfois moins chers au kilo que des combustibles de chauffage. Du coup il teste, pas juste en parole, mais en achetant une quantité absurde.

Le chiffre qui revient partout: 133 beignets pour environ 10 kilos. Prix payé: 2,85, soit autour de 0,02 le beignet. À ce niveau-là, tu ne compares plus « pâtisserie » et « bois », tu compares « matière à brûler au kilo » et « matière à brûler au kilo ». Lui dit avoir gagné 1,60 face à des granulés de bois sur le même poids. C’est petit, mais c’est suffisant pour faire tourner une vidéo et déclencher des débats.

Le truc, c’est que son calcul est volontairement simple: il compare des kilos, pas des kilowattheures produits dans son installation. Dans la vraie vie, ton poêle n’est pas une machine parfaite: rendement, tirage, humidité, encrassement… tout ça change la donne. Mais son point, c’est surtout de montrer à quel point certaines promos peuvent devenir délirantes quand tu les regardes avec un oeil « combustible ». Et ça, pour le coup, il y arrive.

Et puis il y a le petit détail qui rend l’histoire encore plus explosive: le jour même de la fête, certaines enseignes auraient descendu le prix à 0,01 l’unité. Là, tu passes de « c’est moins cher » à « c’est presque gratuit », au moins sur le ticket. Sauf que ce genre de prix n’existe qu’à un moment précis, dans un contexte précis, avec des volumes précis. C’est le carburant d’une journée de promo, pas une stratégie de chauffage pour tout l’hiver.

Combien de kilos de granulés consomme en moyenne une chaudière à granulés ?

18,5 mégajoules par kilo: pourquoi un beignet peut chauffer

Si tu te demandes comment un beignet peut rivaliser avec du bois, la réponse tient en deux mots: sucre et graisse. Ce sont des réserves d’énergie, et quand tu les brûles, ça libère de la chaleur. Hoffmann met en avant des données comparées: des briquettes de bois autour de 18,27 mégajoules par kilogramme, et un beignet autour de 18,5 mégajoules par kilogramme. Sur le chiffre brut, c’est du même ordre de grandeur. Résultat: son raisonnement devient « audible ».

Dit autrement: si tu ne regardes que l’énergie contenue dans la matière, un produit alimentaire très riche peut afficher une valeur calorifique qui n’a rien de ridicule. Ça ne veut pas dire que c’est une bonne idée de le faire, juste que la physique ne s’offusque pas. Un kilo reste un kilo, et si l’énergie chimique est là, elle sortira sous forme de chaleur, de fumées, de résidus. Ton poêle, lui, ne fait pas la différence entre « prévu pour manger » et « prévu pour brûler ».

Mais la comparaison « mégajoules par kilo » a ses pièges. Déjà, la combustion d’un beignet n’est pas la combustion d’un granulé calibré: le granulé est pensé pour brûler régulièrement, avec une densité, une taille, un taux d’humidité maîtrisés. Le beignet, c’est hétérogène: pâte, garniture, sucre, huile, parfois emballage à proximité si tu fais n’importe quoi. Tu peux obtenir une flamme plus irrégulière, des fumées plus grasses, et une gestion du feu moins stable.

Et puis il y a le point que beaucoup zappent quand ils voient juste « ça chauffe »: la chaleur utile dépend du rendement de l’appareil et de la façon dont tu alimentes le foyer. Une matière qui brûle trop vite peut donner un gros pic, puis plus rien. Une matière qui encrasse peut te faire perdre en performance sur la durée. Son test montre qu’un beignet peut brûler et produire de la chaleur, oui. Il ne prouve pas que c’est optimal, ni propre, ni sain à répéter.

Granulés vs beignets: pourquoi l’écart de prix existe vraiment

Si 2,85 pour 10 kg te paraît lunaire, c’est parce que ça l’est. Les granulés, eux, ne sont pas un produit d’appel de supermarché: tu ne les vends pas à perte pour faire entrer les gens en magasin. Ils suivent des coûts de production, de séchage, de conditionnement, de transport, et ils se prennent de plein fouet les tensions du marché de l’énergie. En Europe centrale comme ailleurs, le prix des combustibles peut grimper vite, surtout quand tout le monde cherche des alternatives.

Le beignet bradé, c’est l’inverse: un produit périssable, qui a une date, qui prend de la place, et qui peut finir à la poubelle si personne ne le prend. Pour un distributeur, mieux vaut parfois récupérer quelques centimes que zéro. Et pendant les périodes de fête, tu as aussi une logique de volume: tu produis beaucoup, tu écoules vite, tu fais des promos agressives. Résultat: au kilo, tu peux tomber sur des prix absurdes, sans que ça reflète « le vrai coût » du produit.

Hoffmann insiste sur une économie de 1,60 face à des granulés « de base » sur un poids comparable. Ça donne une mesure concrète, facile à répéter, facile à commenter. Mais ce chiffre dépend de deux choses: le prix local des granulés au moment du test, et le niveau de promo sur les beignets ce jour-là. Change l’un des deux, et l’histoire s’effondre. C’est un instantané, pas une vérité générale.

Et il y a un autre angle, plus terre-à-terre: même si tu trouvais des beignets à ce prix toute l’année, tu aurais un problème de logistique et de stockage. Les granulés, tu les achètes en sacs, tu les empiles, tu les gardes. Les beignets, c’est mou, fragile, périssable, parfois sucré-collant, parfois fourré. Tu imagines sérieusement stocker des dizaines de kilos de pâtisseries pour alimenter un poêle? Le « moins cher » sur le ticket ne suffit pas à faire une filière.

Fumées, encrassement, sécurité: le revers du « bon plan »

Brûler une matière riche en sucres et en graisses, ça ne donne pas la même fumée que du bois sec. Même sans jouer au chimiste, tu peux deviner le risque: dépôts, odeurs, combustion plus sale, résidus collants. Un poêle est conçu pour certains combustibles, et quand tu en sors, tu joues avec l’entretien, le tirage, et potentiellement la sécurité. Le buzz montre une flamme. Il ne montre pas forcément l’état du conduit après plusieurs essais.

Autre point: l’histoire circule parce qu’elle est drôle, mais elle peut aussi pousser des gens à tenter des trucs chez eux, en mode « si lui l’a fait, pourquoi pas moi ». Sauf que tout le monde n’a pas le même appareil, ni la même installation, ni la même rigueur. Et si tu commences à brûler n’importe quoi, tu augmentes les risques d’encrassement, de refoulement, ou de mauvaise combustion. Le chauffage, c’est rarement l’endroit où tu veux improviser.

Il y a aussi la question de l’odeur et du voisinage. Brûler du bois, c’est déjà un sujet sensible dans certaines zones. Brûler des pâtisseries, ça peut produire des fumées plus grasses, plus marquées, et attirer l’attention. Sans parler de la tentation de « mélanger » avec d’autres déchets pour continuer l’expérience – et là tu glisses vite vers des pratiques franchement problématiques. Son test reste cadré sur des beignets. Le public, lui, peut dériver.

Et puis soyons honnêtes: même si ça marche une fois, ça ne veut pas dire que c’est une bonne réponse à la crise des prix. C’est une démonstration par l’absurde, un miroir tendu aux marchés. Le revers de la médaille, c’est qu’on parle d’un aliment, même bas de gamme, même bradé. Le débat devient vite moral: brûler de la nourriture pour se chauffer, c’est une image qui choque. Et ce choc-là, il fait partie du carburant médiatique de l’histoire.

Ce que cette histoire dit sur les promos et la crise du chauffage

Ce test a un mérite: il met une lumière crue sur les stratégies de prix. Quand un produit alimentaire tombe à 1 ou 2 centimes pièce, ce n’est pas parce que sa valeur « réelle » est proche de zéro. C’est parce que la distribution joue sur l’événement, l’appel, l’écoulement rapide. Hoffmann, lui, détourne ce mécanisme pour pointer un truc simple: si tu cherches juste des mégajoules au moindre coût, tu peux tomber sur des absurdités.

Et derrière la blague, il y a un symptôme: des gens comptent, comparent, bricolent, parce que se chauffer coûte cher. Le fait qu’une vidéo comme ça prenne, c’est aussi parce qu’elle parle à tout le monde. Tu n’as pas besoin d’être expert pour comprendre « 2,85 contre plus cher ». Tu vois le ticket, tu vois la flamme, tu comprends l’idée. Et tu te dis que le marché du chauffage a un problème quand on en arrive là.

Le succès du format tient aussi à sa simplicité narrative: un gars, un caddie, un poêle, un calcul. Pas de jargon, pas de grandes théories. Et en face, une réalité compliquée: prix qui bougent, pénuries, dépendances, hivers plus ou moins rudes, équipements inégaux selon les foyers. Son expérience ne règle rien, mais elle rend visible un malaise. Résultat, tout le monde commente, des médias généralistes aux réseaux sociaux.

Ce qui est sûr, c’est que l’histoire ne va pas créer une ruée durable sur les beignets comme combustible. Elle va surtout rester comme un symbole: quand les prix de l’énergie montent, les gens cherchent des failles, même absurdes. Et les enseignes, elles, continuent de jouer avec des promos chocs sur des produits périssables, parce que ça fait venir du monde. On verra si d’autres créateurs tentent le même genre de test avec d’autres aliments ultra-caloriques, juste pour pousser le raisonnement jusqu’au bout.