Propriétaires devant la maison classée de Marilyn Monroe à Brentwood
La demeure de Brentwood, achetée 8,35 millions de dollars, est désormais classée monument historique.

La seule maison que Marilyn Monroe ait jamais possédée, un bungalow de style espagnol des années 1920 à Brentwood, est devenue un casse-tête immobilier depuis sa vente à 8,35 millions de dollars, soit environ 7 millions d’euros. Le couple d’acheteurs, Brinah Milstein et Roy Bank, l’avait acquise en 2023 avec une idée simple, la démolir pour agrandir une propriété voisine. Le plan a déraillé quand la ville de Los Angeles a classé la demeure comme monument culturel et historique, bloquant toute démolition. Les propriétaires affirment désormais que le bien ne vaut plus rien et ont engagé un bras de fer judiciaire, jusqu’à la justice fédérale, sur fond de patrimoine, de droit de propriété et de voisinage sous tension.

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Le classement voté à Los Angeles bloque la démolition

À l’origine, les nouveaux propriétaires avaient obtenu des permis de démolition. Mais une mobilisation de riverains et de défenseurs du patrimoine a fait basculer le dossier, poussant l’élue municipale Traci Park à intervenir pour faire annuler ces autorisations. Le conseil municipal de Los Angeles a ensuite voté à l’unanimité le principe d’un classement, qui s’est concrétisé en juin 2024 avec le statut de monument culturel et historique.

Dans le débat public, l’argument patrimonial a pris une place centrale, la maison du 12305 Fifth Helena Drive étant le lieu où l’actrice a vécu ses derniers mois et où elle est décédée le 4 août 1962, à 36 ans. L’élue a aussi mis en avant un angle rarement évoqué dans les politiques de conservation, le faible nombre de monuments classés associés à des femmes, un point qui a renforcé le soutien à la protection du site.

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Ce classement change la nature du bien ; ce n’est plus seulement une parcelle à optimiser, c’est un objet de conservation avec des contraintes. Et c’est là que la critique s’installe, car le dispositif protège, mais il ne compense pas automatiquement. Dans une ville où les projets immobiliers s’enchaînent, la décision peut être vue comme une victoire culturelle, mais elle transforme aussi un achat privé en dossier politique, avec des délais, des recours et des coûts qui s’empilent.

Brinah Milstein et Roy Bank dénoncent un bien sans valeur

Le couple Milstein-Bank soutient que la désignation a rendu la propriété inutilisable pour l’usage prévu, et donc économiquement sans valeur. Leur plainte décrit une accumulation de charges, plus de 100 000 dollars par an en taxes foncières, assurance et services, et des dépenses liées au conflit, dont environ 30 000 dollars en permis, des centaines de milliers de dollars en sécurité, et des millions en honoraires d’avocats, selon leurs affirmations.

Leur argumentaire insiste sur une forme d’expropriation sans indemnisation ; la ville aurait, selon eux, transformé une maison privée en monument public de fait. Ils ajoutent un volet très concret: la propriété serait devenue un point d’attraction, avec des risques de sécurité et des intrusions, ce qui renforce leur sentiment d’être coincés, impossibilité de démolir, difficulté à rénover, et vente compliquée à un acheteur qui accepterait les mêmes contraintes.

La municipalité conteste la lecture juridique et souligne, dans les échanges rapportés autour du dossier, que les propriétaires n’auraient pas épuisé toutes les procédures locales pour modifier le bien, et qu’une prise au sens constitutionnel n’est pas démontrée à ce stade. C’est le coeur du conflit: où placer le curseur entre droit de propriété et préservation du patrimoine, surtout quand la valeur d’un lieu vient précisément de ce qui empêche de le transformer?

Le cas Monroe relance le débat sur le patrimoine et les maisons de célébrités

Ce dossier illustre une mécanique connue à Los Angeles, la valeur symbolique d’une adresse peut dépasser sa valeur d’usage. La maison est décrite comme difficilement visible depuis la rue, car protégée par des murs, ce qui nourrit l’argument des propriétaires sur l’absence d’intérêt public direct. Mais la logique patrimoniale, elle, repose sur l’histoire attachée au lieu, même si l’on ne peut pas en faire un décor accessible, et même si le quartier n’a pas vocation à devenir un musée à ciel ouvert.

Le cas Marilyn Monroe rappelle aussi la fragilité des maisons de célébrités, souvent prises entre spéculation, curiosité et mémoire collective. À la différence d’un studio de cinéma ou d’un théâtre, une maison reste un espace intime, et la transformer en repère patrimonial peut créer des effets secondaires, flux de visiteurs, tensions avec le voisinage, besoins de surveillance. Pour la ville, protéger un symbole peut répondre à une attente culturelle. Pour un propriétaire, c’est parfois une charge imprévue qui s’installe dans la durée.

La question de fond, c’est la gouvernance de ces lieux: qui paie, qui décide, et à quelles conditions? Sans mécanisme clair de compensation ou d’accompagnement, le classement peut être perçu comme un outil brutal, même quand l’intention est défendable. De ce fait, cette affaire pourrait peser sur d’autres dossiers de conservation à Los Angeles, en incitant les acheteurs à anticiper davantage le risque patrimonial, et les autorités à mieux cadrer l’équilibre entre mémoire collective et contraintes privées.